Qu’est-ce que la consommation contrôlée ?

La consommation contrôlée est une approche qui vise à réduire la quantité et/ou la fréquence de consommation d’alcool afin de limiter les risques pour la santé.

Cette stratégie s’adresse principalement aux personnes ayant une consommation à risque, c’est-à-dire supérieure aux seuils recommandés par les autorités sanitaires, mais ne souffrant pas de dépendance sévère. 

une alternative

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Elle constitue une alternative à l’abstinence totale et s’inscrit dans une perspective de réduction des risques et des dommages, tout en respectant l’autonomie de la personne. 

qu’est ce qu’une consommation à risque ?

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Une consommation à risque peut correspondre, par exemple, à une consommation quotidienne modérée dépassant les seuils (p. ex. une bière par jour), ou à des épisodes occasionnels d’ivresse (« binge drinking »).

Ces profils variés relèvent d’une même catégorie de risque accru de dommages, sans nécessairement relever d’un trouble de l’usage de l’alcool. 

Pourquoi viser une consommation contrôlée ?

  • Réduction du risque de développer une dépendance. 1
  • Diminution des dommages physiques et mentaux liés à une consommation excessive. 2
  • Respect du choix de la personne qui ne souhaite pas nécessairement arrêter totalement sa consommation d’alcool. 3

Une approche cohérente avec la réduction des risques

Apparue dans les années 1980 dans la lutte contre le VIH chez les usagers de drogues, l’approche de réduction des risques s’est étendue à l’alcool depuis les années 2000. Elle vise à minimiser les conséquences négatives d’une consommation, même si celle-ci se poursuit. 

Ce cadre est particulièrement pertinent dans un contexte où près de la moitié des personnes concernées par un usage problématique ne souhaitent pas arrêter de boire, ce qui rend difficile l’adhésion à un traitement basé sur l’abstinence. 4

En pratique : comment mettre en place une consommation contrôlée ?

Voici quelques stratégies concrètes pouvant aider à mieux gérer sa consommation : 

1. Auto-observation

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  • Tenir un journal de bord de ses consommations ; 
  • Identifier les situations à risque ou les déclencheurs émotionnels. 

2. Planification

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  • Définir des jours sans alcool dans la semaine ; 
  • Éviter de boire en réponse au stress, à l’ennui ou à des émotions négatives ; 
  • Anticiper les contextes festifs ou stressants (soirée, conflit, réunion…). 

3. Soutien professionnel

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  • Être accompagné par un professionnel de santé pour ajuster les objectifs ; 
  • Envisager des échanges réguliers sur l’évolution du rapport à l’alcool. 

Il est important de souligner que la dépendance n’est pas un problème de volonté, mais un trouble neuropsychiatriqueimpliquant des altérations cérébrales.

Demander à une personne dépendante de « contrôler » sa consommation sans aide adaptée peut être contre-productif et culpabilisant. 

Quels traitements pour accompagner la réduction de la consommation ?

Certaines personnes peuvent bénéficier d’un accompagnement pharmacologique pour faciliter la réduction : 

Statistics

Malgré des résultats positifs pour certains profils, les données globales restent mitigées quant à l’efficacité universelle de ces traitements. 5

 Une évaluation individualisée avec un professionnel est indispensable. 

Quelle efficacité par rapport à l’abstinence ?

Les études montrent des résultats contrastés : 

  • L’abstinence totale est souvent associée à une amélioration plus marquée des indicateurs de santé ; 6
  • Toutefois, une réduction des consommations peut également entraîner une baisse significative des risques, notamment chez les personnes non dépendantes ou en début de parcours de soin. 7
  • L’essentiel est de proposer une démarche adaptée à chaque personne, en fonction de son niveau de risque, de ses préférences et de sa situation

Quels bénéfices pour la santé ?

Une réduction de la consommation peut entraîner : 

  • Une baisse de la tension artérielle, des enzymes hépatiques ; 8
  • Une amélioration de la qualité de vie et de la santé mentale ; 9
  • Une réduction du risque de mortalité. 10

la réduction de niveau de risque

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La réduction d’un ou deux niveaux de risque selon les classifications de l’OMS (risque très fort > fort > moyen > faible) constitue déjà un objectif cliniquement significatif. 

Le risque nul n’existe pas

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Cependant, une méta-analyse du Global Burden of Disease 11a montré que même une consommation faible (1 verre/jour)augmentait le risque de maladies liées à l’alcool de 0,5 %, soulignant que le risque nul n’existe pas. 

En résumé

  • La consommation contrôlée s’adresse avant tout aux personnes avec une consommation à risque, mais non dépendantes sévères ; 
  • Elle peut s’inscrire dans une stratégie de réduction des risques réaliste et personnalisée ; 
  • Elle repose sur une auto-évaluation, une planification et un soutien adapté (médical, psychothérapeutique ou social) ; 
  • Des bénéfices significatifs pour la santé peuvent être obtenus même sans abstinence totale. 

En cas de dépendance : attention au sevrage

Si vous pensez souffrir d’une dépendance sévère, n’interrompez jamais brutalement votre consommation sans accompagnement médical. Le sevrage peut entraîner des complications graves (crises convulsives, hallucinations, delirium tremens…). 

  1. Rehm J., Zatonksi W., Taylor B., Anderson P., Epidemiology and alcohol policy in Europe, Addiction, volume 106 s1, mars 2011, p. 11-19.[]
  2. Substance Abuse and Mental Health Services Administration: Results from the 2013 National Survey on Drug Use and Health: Summary of National Findings. Rockville, Substance Abuse and Mental Health Services Administration, 2014. []
  3. Mann K, Aubin HJ, Witkiewitz K. In Reduced Drinking un Alcool Dependance Treatment, What is The Évidence ? Eur Addict Res. 2017;23(5):219-230. []
  4. Mann K, Aubin HJ, Witkiewitz K. In Reduced Drinking un Alcool Dependance Treatment, What is The Évidence ? Eur Addict Res. 2017;23(5):219-230. []
  5. Palpacuer C, Duprez R, Huneau A, Locher C, Boussageon R, Laviolle B, Naudet F, Pharmacologically controlled drinking in the treatment of alcohol dependence or alcohol use disorders: a systematic review with direct and network meta-analyses on nalmefene, naltrexone, acamprosate, baclofen and topiramate,Addiction. 2018 Feb;113(2):220-237. []
  6. Kline-Simon AH, Litten RZ, Weisner CM, Falk DE. Posttreatment Low-Risk Drinking as a Predictor of Future Drinking and Problem Outcomes Among Individuals with Alcohol Use Disorders: A 9-Year Follow-Up. Alcohol Clin Exp Res. 2017 Mar;41(3):653-658. []
  7. Shield KD, Gmel G, Makela P, Probst C, Room R, Rehm J: Life-time risk of mortality due to different levels of alcoholconsumption in seven European countries: implications for low-risk drinking guidelines. Addiction 2017;112:1535-1544.[]
  8. Charlet K, Heinz A: Harm reduction-a systematic review on effects of alcohol reduction on physical and mental symptoms. Addict Biol 2016;22:1119-1159. External Resources. []
  9. Substance Abuse and Mental Health Services Administration: Results from the 2013 National Survey on Drug Use and Health: Summary of National Findings. Rockville, Substance Abuse and Mental Health Services Administration, 2014. []
  10. Witkiewitz K, et al Drinking Risk Level Reductions Associated with Improvements in Physical Health and Quality of Life AmongIndividuals with Alcohol Use Disorder. Alcohol Clin Exp Res. 2018. []
  11. R.Burton, N.Sheron (2018). No level of alcohol consumption improves health. The Lancet (392), issue 10152. P987-988[]