Les médicaments d’aide au maintien de l’abstinence

L’addiction est multifactorielle : la prise en charge la plus efficace est globale (psychothérapies, soutien social, mesures de réduction des risques, et médicaments si nécessaire).

Le taux de réussite est plus élevé quand les thérapies psychologiques sont combinées à un traitement médicamenteux avec un suivi régulier. 1

En Suisse, trois médicaments disposent d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) Swissmedic pour le traitement à moyen/long terme des troubles liés à l’usage d’alcool (maintien de l’abstinence).

Disulfirame (Antabus®):

Comment ça agit ?  

Ce médicament fonctionne en rendant l’alcool très désagréable. S’il y a de l’alcool dans le corps, une substance toxique s’accumule et provoque rapidement des effets pénibles : rougeurs, nausées, malaise, parfois très forts. L’idée est donc de décourager la consommation.

Il ne convient pas à tout le monde et peut mal réagir avec d’autres médicaments. C’est pourquoi son utilisation doit être bien encadrée et surveillée par un professionnel.

Son efficacité dépend beaucoup du contexte : motivation de la personne et suivi régulier. Il ne réduit pas l’envie de boire et n’aide pas à contrôler les impulsions (craving), il agit surtout comme un frein à la consommation. 2

Acamprosate (Campral®)

Comment ça agit ?

L’acamprosate aide le cerveau à retrouver un fonctionnement plus calme après l’arrêt de l’alcool. Après un sevrage, il y’a une activité cérébrale excessive ; ce médicament aide à le stabiliser, même si on ne connaît pas encore tous les détails de son action.

Pourquoi faire ?

Il est utilisé pour aider à rester abstinent une fois l’alcool arrêté. Il ne fait pas de miracle, mais à l’échelle de nombreuses personnes, il réduit un peu le risque de rechute. Les résultats varient selon les individus.

En général, il est bien supporté. Les effets gênants les plus fréquents concernent surtout la digestion. 3 4 5

 

Naltrexone (Naltrexin®/Nemexin®)

Comment ça agit ?

La naltrexone agit en coupant une partie du « plaisir » que procure l’alcool. Elle bloque certains récepteurs du cerveau impliqués dans la sensation de récompense. Résultat : boire devient moins gratifiant, ce qui peut diminuer l’envie de boire et de craving et limiter l’intensité des rechutes.

Les études montrent qu’en moyenne, les personnes boivent moins et ont moins d’épisodes d’ivresse de manière modeste mais significative. Elle fonctionne surtout bien au début du traitement, quand elle est associée à un suivi psychologique ou social.

Il faut toutefois être prudent. Le foie doit être surveillé, et ce médicament ne peut pas être utilisé si la personne prend des opioïdes (comme certains antidouleurs forts), car cela peut provoquer un manque brutal et empêcher les effets antalgiques. 6 7 8

Sécurité & suivi

Tous les médicaments ont des effets indésirables. N’entamez, n’arrêtez ni ne modifiez jamais un traitement sans en parler à votre médecin (adaptation des doses, interactions, surveillance hépatique/rénale).  

  

Nalméfène (Selincro®), pris à la demande les jours à risque avec soutien psychosocial, indiqué pour réduire la consommation chez l’adulte avec niveau de risque élevé (pas pour le sevrage). 9

Comorbidités, désinhibition et sécurité

Les troubles liés à l’alcool peuvent s’accompagner de dépression et d’anxiété. Chez les personnes avec dépression sévère, le risque de passage à l’acte (suicide/auto-agression) est nettement accru, d’où l’importance d’un dépistage précoce, d’un plan de sécurité, et d’une coordination entre prise en charge des consommations et de la santé mentale.

Un repère pratique des recommandations (NICE) : traiter d’abord l’usage d’alcool, puis réévaluer la dépression/anxiété après 3–4 semaines d’abstinence ; si les symptômes persistent, suivre la filière spécialisée (psychiatrie/psychothérapie) en parallèle. 10 11

Effets désinhibiteurs

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L’alcool et certains calmants comme les benzodiazépines peuvent réduire les freins naturels et pousser à prendre plus de risques (désinhibition), surtout chez les personnes sensibles. Des études montrent qu’une seule dose de diazépam peut déjà rendre les gens plus impulsifs et moins capables de contrôler leurs mouvements, ce qui correspond à ce qu’on observe en vrai.

C’est pour cela qu’il est conseillé de ne pas utiliser ces médicaments sur le long terme pour rester sobre, et de les limiter au sevrage, toujours sous suivi médical. 12 13 14

En pratique

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Si une dépression sévère est présente (idées suicidaires, anergie marquée, agitation/ralentissement, perte d’espoir), agir vite : évaluation médicale et psychiatrique, plan de sécurité (contacts d’urgence, proches, lignes d’aide), et coordination des soins.

Éviter l’automédication par alcool ou benzodiazépines hors indication, qui peut aggraver le risque. 15

  1. National Collaborating Centre for Mental Health (UK). (2011). Alcohol-Use Disorders : Diagnosis, Assessment and Management of Harmful Drinking and Alcohol Dependence. British Psychological Society (UK).[]
  2. Antabus – Compendium.ch. (s. d.). []
  3. CampralCompendium.ch. (s. d.).[]
  4. Winslow, B. T., Onysko, M., & Hebert, M. (2016). Medications for Alcohol Use Disorder. American Family Physician, 93(6), 457‑465. []
  5. NaltrexinCompendium.ch. (s. d.). []
  6. Burnette, E. M., Nieto, S. J., Grodin, E. N., Meredith, L. R., Hurley, B., Miotto, K., Gillis, A. J., & Ray, L. A. (2022). Novel Agents for the Pharmacological Treatment of Alcohol Use Disorder. Drugs, 82(3), 251‑274.[]
  7. Rösner S, Hackl-Herrwerth A, Leucht S, Vecchi S, Srisurapanont M, Soyka M. Opioid antagonists for alcohol dependence. Cochrane Database of Systematic Reviews 2022, Issue 3. Art. No.: CD001867. DOI: 10.1002/14651858.CD001867.pub3. []
  8. Avery, J. (2022). Naltrexone and Alcohol Use. American Journal of Psychiatry, 179(12), 886‑887.[]
  9. Selincro, INN-nalmefene, EMA.[]
  10. Alcohol use disorders : Harmful drinking and alcohol dependence: Evidence Update January 2013: A summary of selected new evidence relevant to NICE clinical guideline 115 ‘Alcohol use disorders: diagnosis, assessment and management of harmful drinking and alcohol dependence’ (2011). (2013). National Institute for Health and Clinical Excellence (NICE). http://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK552038/  []
  11. Krystkiewicz, M., & Soyka, M. (2025). Suicide Risk in Alcohol Use Disorders : Literature Review and Study Protocol with Preliminary Data for a Study in Treatment-Seeking Inpatients. Healthcare, 13(5), 535. https://doi.org/10.3390/healthcare13050535 []
  12. Deakin, J. B., Aitken, M. R. F., Dowson, J. H., Robbins, T. W., & Sahakian, B. J. (2004). Diazepam produces disinhibitory cognitive effects in male volunteers. Psychopharmacology, 173(1‑2), 88‑97.[]
  13. Sarkar, S., Choudhury, S., Islam, N., Chowdhury, M. S. J. H., Chowdhury, M. T. I., Baker, M. R., Baker, S. N., & Kumar, H. (2020). Effects of Diazepam on Reaction Times to Stop and Go. Frontiers in Human Neuroscience, 14, 567177.[]
  14. The ASAM Clinical Practice Guideline on Alcohol Withdrawal Management. (2020). Journal of Addiction Medicine, 14(3S), 1‑72.[]
  15. Alcohol use disorders : Harmful drinking and alcohol dependence: Evidence Update January 2013: A summary of selected new evidence relevant to NICE clinical guideline 115 ‘Alcohol use disorders: diagnosis, assessment and management of harmful drinking and alcohol dependence’ (2011). (2013). National Institute for Health and Clinical Excellence (NICE).[]