Nouvelles pistes psychologiques (encore à l’étude) pour le mésusage d’alcool

Depuis quelques années, plusieurs stratégies issues de la psychologie expérimentale sont testées pour aider les personnes concernées par un mésusage de l’alcool.

Certaines montrent des effets intéressants en laboratoire ou en contexte contrôlé, mais leur place en pratique courante reste à préciser.

Intéressé-e ?

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Si l’une d’elles t’intéresse, parles-en avec un·e professionnel·le pour voir si, comment et quand l’intégrer à un parcours de soin (toujours en complément d’approches validées comme la TCC, l’entretien motivationnel, etc.). 

1) Interférence cognitive (imagerie & tâches concurrentes)

Le craving (envie pressante) s’accompagne souvent d’images mentales vives (goût, odeur, “se voir boire”). L’interférence cognitive consiste à occuper la même “voie mentale” avec une tâche neutre et prenante (par ex. une tâche visuo-spatiale comme modeler une forme, faire un puzzle bref, tracer un motif) pour atténuer l’image liée à l’alcool et laisser passer la vague.

Des études ont montré des effets surtout chez les fumeurs et dans des protocoles expérimentaux ; transposition clinique encore en cours d’évaluation. 1 2 3

 

2) Intentions d’implémentation (“SI… ALORS…”)

Il s’agit de préparer des plans simples et automatiques du type : 

“Si je passe devant le rayon alcool, alors je prends directement ce dont j’ai besoin ailleurs.” 

Ces scripts aident à attennuer l’écart entre l’intention et l’action, en particulier pour des situations à risque identifiées. Cette approche donne des résultats encourageants pour les personnes ayant une consommation à risque. Cependant, d’autres études sont encore nécessaires pour savoir comment l’utiliser de manière fiable et régulière dans la pratique courante. 4 5

3) Contrôle de l’attention & réentraînement attentionnel

Cette approche repose sur deux principes simples.

Des études montrent que ces méthodes peuvent aider à mieux gérer les envies d’alcool, surtout lorsqu’elles sont associées à un suivi thérapeutique. Elles pourraient aussi contribuer à réduire le risque de rechute, même si davantage de recherches sont encore nécessaires dans la vie quotidienne. 6 7 8 9

Entraînement attentionnel

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apprendre à mieux faire attention à ce qui se passe en soi. Cela permet de moins tourner en rond dans ses pensées, de sortir des habitudes automatiques et de réagir de façon plus consciente.

Modification des biais attentionnels

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il s’agit de changer les réflexes liés à l’alcool. Avec le temps, certaines situations ou images donnent envie de boire sans même y penser. Le but est d’apprendre à ne plus réagir automatiquement et à reprendre le contrôle.

4) Contrôle des impulsions & “tendances d’approche”

Deux familles d’exercices : 

1) Approach-Avoidance Training (AAT)

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C’est un entraînement où l’on apprend au cerveau à faire un geste simple : quand on voit de l’alcool, on le repousse ; quand on voit une boisson sans alcool, on l’attire vers soi. À force de répéter, le cerveau s’habitue à “mettre à distance” l’alcool tout seul.

On a vu que ça pouvait aider, au moins pendant un certain temps, chez des personnes qui boivent beaucoup. 10

2) Exercices d’inhibition (Go / No-Go)

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Ici, c’est un jeu de réflexes. Quand on voit une boisson sans alcool, on appuie sur un bouton. Quand on voit de l’alcool, on n’appuie pas. Le cerveau apprend ainsi à s’arrêter face à l’alcool.

Dans certaines études, les gens ont bu moins la semaine suivante et voyaient l’alcool de façon plus négative, sans forcément s’en rendre compte. 11 12

  1. Kavanagh, D. J., Andrade, J., & May, J. (2005). Imaginary relish and exquisite torture: the elaborated intrusion theory of desire. Psychologicalreview, 112(2), 446. []
  2. May, J., Andrade, J., Kavanagh, D., & Penfound, L. (2008). Imagery and strength of craving for eating, drinking, and playing sport. Cognition & Emotion, 22(4), 633-650.[]
  3. May, J., Andrade, J., Panabokke, N., & Kavanagh, D. (2010). Visuospatial tasks suppress craving for cigarettes. Behaviour Research and Therapy, 48(6), 476-485. []
  4. Gollwitzer, P. M. (1999). Implementation intentions: strong effects of simple plans. American psychologist, 54(7), 493. []
  5. Wiers, R. W., Cox, W. M., Field, M., Fadardi, J. S., Palfai, T. P., Schoenmakers, T., & Stacy, A. W. (2006). The Search for New Ways to Change Implicit Alcohol‐Related Cognitions in Heavy Drinkers. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 30(2), 320-331. []
  6. Spada, M. M., & Wells, A. (2006). Metacognitions about alcohol use in problem drinkers. Clinical Psychology and Psychotherapy(13), 138-143. []
  7. Papageorgiu, C., & Wells, A. . (2003). An empirical test of a clinical metacognitive model of rumination and depression. Cognitive Therapy and Research[]
  8. Deleuze, M. J., Heeren, A., Billieux, P. J., de Timary, P. P., Philippot, P. P., & Maurage, P. P. (2013). Implication des biais d’attention sélective dans l’alcoolo-dépendance. Alcoologie et Addictologie, 35(2), 127-135.[]
  9. Schoenmakers, T. M., de Bruin, M., Lux, I. F., Goertz, A. G., Van Kerkhof, D. H., & Wiers, R. W. (2010). Clinical effectiveness of attentional biasmodification training in abstinent alcoholic patients. Drug and alcohol dependence, 109(1), 30-36.[]
  10. Wiers, R. W., Rinck, M., Kordts, R., Houben, K., & Strack, F. (2010). Retraining automatic action‐tendencies to approach alcohol in hazardousdrinkers. Addiction, 105(2), 279-287. []
  11. Lawrence, A. J., Luty, J., Bogdan, N. A., Sahakian, B. J., & Clark, L. (2009). Impulsivity and response inhibition in alcohol dependence and problem gambling. Psychopharmacology, 207(1), 163-172. []
  12. Houben, K., Nederkoorn, C., Wiers, R. W., & Jansen, A. (2011). Resisting temptation: decreasing alcohol-related affect and drinking behavior by training response inhibition. Drug and alcohol dependence, 116(1), 132-136. []