Qu’est-ce que le Binge drinking ?

Le binge drinking désigne une consommation aiguë d’alcool, généralement 5 verres ou plus pour les hommes, 4 ou plus pour les femmes, en moins de 2 heures, dans le but explicite de provoquer une ivresse rapide.

Ce comportement touche significativement les jeunes adultes (15–25 ans), en particulier les étudiants, avec des conséquences potentiellement graves sur la santé physique et mentale. 

Pourquoi la consommation est plus haute chez les 18-25 ans ?

Le fait de consommer de l’alcool de façon conséquente lors de soirées peut s’expliquer en partie par la pression sociale exercée par les pairs : on boit pour être intégré socialement. 

La dimension intégratrice du binge drinking passe souvent par des jeux, des défis et des rites.  Les normes sociales font passer le binge drinking comme un phénomène anodin aux yeux des jeunes.

En outre, des études montrent que les jeunes consomment de l’alcool de façon massive également pour diminuer leur stress ou une impression de solitude. 1

De plus, c’est une période clé où le jeune adulte (légalement) reste un adolescent (biologiquement jusqu’à ses 25 ans). 2

L’adolescence : une période clé

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Cette période clé de l’adolescence est très importante dans le développement physiologique du cerveau une fois adulte.

Chez les adolescent·e·s, une partie du cerveau appelée cortex préfrontal n’est pas encore complètement développée. Cette zone sert à réfléchir, à prendre des décisions et à freiner certains comportements, surtout quand ils sont liés au plaisir ou aux émotions.

Comme elle est encore en construction, les décisions sont plus souvent prises sous l’effet des émotionset de l’impulsion, plutôt qu’après une réflexion posée. Selon certaines théories, ce fonctionnement aurait aussi un rôle positif : il permettrait aux adolescent·e·s d’essayer, d’expérimenter et d’apprendre de leurs expériences, afin de mieux évaluer les risques et faire des choix plus réfléchis à l’âge adulte.

le facteur de la formation cérébrale

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Pendant l’adolescence, le cerveau est plus sensible au stress et aux influences extérieures, car certaines zones sont encore en développement. Si cette maturation est perturbée, cela peut affecter durablement la manière de prendre des décisions et se traduire, à l’âge adulte, par des comportements plus impulsifs ou émotionnels, parfois qualifiés de « comportements « d’adulescent ». 3 4

 Un adolescent (biologique) est beaucoup plus sensible aux impacts que la consommation d’alcool a sur lui, comparé à un adulte (biologique). 5

Dangers du Binge Drinking

Conséquences immédiates :

Comportement désinhibé

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La consommation aiguë d’alcool altère rapidement les fonctions exécutives du cerveau, notamment le jugement, l’inhibition et la coordination motrice.

Cette désinhibition augmente le risque de prises de décisions impulsives, voire dangereuses.

Parmi les conséquences les plus fréquentes figurent les accidents (chutes, noyades, accidents de la route), liés à une évaluation défaillante du danger. 

Comportement sexuel à risque

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Ce dérèglement des capacités de raisonnement affecte également les comportements sociaux et sexuels. Il est associé à une hausse des conduites sexuelles à risque, incluant des rapports non protégés, un consentement non éclairé, voire des violences sexuelles. 

  

Comportement violent

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La levée des freins inhibiteurs peut aussi favoriser des comportements agressifs ou violents, tant envers autrui qu’envers soi-même.

Chez les personnes vulnérables, elle peut faciliter un passage à l’acte suicidaire, en renforçant l’impulsivité et en diminuant les capacités d’autocontrôle. 

Conséquences à long terme

 

  • Cerveau & santé mentale: Répéter les épisodes de binge drinking augmente le risque de troubles anxieux et dépressifs, de difficultés attentionnelles et mnésiques, et de transition vers un trouble de l’usage d’alcool. 
  • Cœur & métabolisme Hausse de la tension artérielle, arythmies, prise de poids, déséquilibres glycémiques. 
  • Foie & appareil digestif: Inflammation, stéatose, pancréatites ; à terme, risque de cirrhose si les excès deviennent fréquents. 
  • Cancers: Même à volume hebdomadaire identique, les pics de consommation augmente fortement  le risque de certains cancers (voies aérodigestives, foie, sein). 
  • Vie sociale: Incidents scolaires/professionnels, conflits, problèmes judiciaires ou financiers. 

Evolution du Binge Drinking en Europe

Malgré une baisse générale de la consommation d’alcool dans la population, le phénomène de binge drinking reste stable voire préoccupant chez les 18-24 ans notamment. 6

Statistics

Figure 1: Prévalence de binge drinking dans l’UE parmi les consommateurs d’alcool, au moins une fois par mois, par sexe.

 

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Selon les chiffres d’Eurostat de 2019, 8% des adultes dans l’UE consomment de l’alcool quotidiennement et plus de 30% des 18-24 ans déclarent des épisodes de binge drinking au moins une fois par mois.

Ce phénomène de binge drinking est plus élevé dans les pays d’Europe du Nord. Ces comportements semblent donc moins affectés par la baisse globale de la consommation d’alcool.

Certains experts parlent d’un “paradoxe européen”. En effet, une population globale qui consomment moins fréquemment, mais avec des pics de consommation problématiques. 7 

 

« Binge drinking » : quelle prévention ?

Différentes études ont cherché à trouver quelle pouvait être la meilleure prévention de cette consommation massive d’alcool.

Il ressort de celles-ci que mettre en place des programmes ciblés à destination des très jeunes adolescents aide à retarder la consommation excessive d’alcool (les épisodes d’’ivresse), en particulier chez les jeunes présentant une personnalité à risque (recherche de sensations fortes).

En savoir plus

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Une méta-analyse 8 réalisée en 2007 démontre, elle, que des programmes ciblés sur les risques liés à l’alcool réduisent la quantité et la fréquence des consommations d’alcool chez les étudiants.

Les programmes les plus efficaces sont ceux qui utilisent le face-à-face, des entretiens motivationnels et un retour personnalisé. Cependant, ceux-ci ont montré leurs limites face aux gros buveurs. Des programmes spécifiques devront être développés pour ce type de Binge drinkers.

Une autre façon de combattre le Binge drinking est de changer la perception qu’ont les étudiants de ce phénomène et de leur faire comprendre que ce n’est pas un comportement normal ou sain. Une étude réalisée en 2000 a montré que ce type d’intervention était cependant efficace seulement chez des jeunes qui pratiquaient le Binge drinking depuis peu. 9 10

Autres stratégies évoquées pour faire baisser ce mode de consommation ? La mise en application du respect de l’âge minimum pour boire et une hausse des taxes sur l’alcool. 

Prévention structurelle

La consommation d’alcool ne dépend pas seulement des choix individuels : elle est fortement influencée par l’environnement. Agir sur cet environnement permet de réduire les usages à risque, en particulier chez les jeunes. 

Prix :

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Relever les taxes ou fixer des prix minimaux freine les achats impulsifs et les volumes consommés, surtout chez les publics sensibles au prix. 

Accessibilité :

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Limiter l’accès réduit l’alcoolisation à risque. Cela passe par l’âge légal de vente, la densité et les horaires des points de vente (p. ex. restrictions la nuit ou en station-service). 

Marketing :

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Encadrer la publicité et les promotions (happy hours, placements de produits, sponsoring d’événements), y compris sur les réseaux sociaux et via l’influence, diminue l’exposition des mineurs et des jeunes adultes.

Prévention comportementale

La prévention comportementale vise à renforcer les compétences des personnes plutôt qu’à moraliser. Elle fournit des repères concrets pour réduire les risques et les dommages liés à l’alcool tout au long de la vie. 

L’idée est d’accompagner, dès l’enfance et à chaque étape de vie, avec des messages non stigmatisants et adaptés au contexte des personnes.  11

 

Concrètement, cela inclut :

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-information claire sur les effets et les risques

-outils d’auto-évaluation (repères de consommation, stratégies avant/pendant/après soirée)

-développement des compétences psychosociales (dire non, gérer la pression du groupe, planifier un retour sobre)

-implication des proches (famille, pairs, école, milieux festifs).

  1. Which country is home to Europe’s heaviest drinkers? (13:00:05 +02:00). Euronews.[]
  2. Sawyer, S. M., Azzopardi, P. S., Wickremarathne, D., & Patton, G. C. (2018). The age of adolescence. The Lancet. Child & Adolescent Health, 2(3), 223‑228.[]
  3. Jadhav, K. S., & Boutrel, B. (2019). Prefrontal cortex development and emergence of self-regulatory competence : The two cardinal features of adolescence disrupted in context of alcohol abuse. The European Journal of Neuroscience, 50(3), 2274‑2281.[]
  4. Jadhav, K. S., Hoffman, A. F., Burgisser, M., Rosetti, C., Aeschlimann, L., Lupica, C. R., & Boutrel, B. (2022). Stress deceleration theory – chronic adolescent stress exposure results in decelerated neurobehavioral maturation (p. 2021.11.21.469381). bioRxiv.[]
  5. Spear, L. P. (2018). Effects of adolescent alcohol consumption on the brain and behaviour. Nature Reviews Neuroscience, 19(4), 197‑214.[]
  6. Which country is home to Europe’s heaviest drinkers? (13:00:05 +02:00). Euronews.[]
  7. Eurostat, 2019 – Patterns of alcohol consumption dans l’UE[]
  8. Jacqueline W. Miller, Timothy S. Naimi, Robert D. Brewer, Sherry Everett Jones, Binge Drinking and Associated Health Risk Behaviors Among High School Students, Pediatrics Vol. 119 No. 1 January 1, 2007, pp. 768[]
  9. Conrod PJ, Castellanos N, Mackie C., Personality-targeted interventions delay the growth of adolescent drinking and binge drinking, Journal of American College Health, v49 n2 p85-92 Sep 2000 et Botvin GJ, Griffin KW, Diaz T, Ifill-Williams M. Preventing binge drinking during early adolescence:one- and two-year follow-up of a school-based preventive intervention, Psychol Addict Behav. 2001 Dec;15(4):360-5. []
  10. Werch, Chudley E.; Pappas, Deborah M.; Carlson, Joan M.; DiClemente, Carlo C.; Chally, Pamela S.;Sinder, Jacqueline A., Results of a social norm intervention to prevent binge drinking among first-yearresidential college students, Journal of American College Health, v49 n2 p85-92 Sep 2000 []
  11. Alcool. (s. d.). GREA – Groupement Romand d’Études Des Addictions.[]